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🌀 Le champ de résonance - Les respirations du mouvement - CR 25/09/2026

2 oct.
5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 6 jours


Vendredi, le thème annoncé de notre atelier Shikandō / Danse Fusion était :


« Les respirations du mouvement ».


Nous sommes partis de la respiration au sens le plus littéral du terme.

Puis, progressivement, quelque chose s'est élargi : la respiration est devenue mouvement, le mouvement est devenu rythme, le rythme est devenu musique, rencontre, espace, relation.


Affiche « Faire respirer le mouvement » pour l'atelier Shikandō / Danse Fusion à Maxéville
Le thème annoncé : « Les respirations du mouvement ». Mais derrière le souffle se cachait une autre exploration…


Le thème caché de cette exploration était :

LE CHAMP DE RÉSONANCE


J'emploie ici le mot résonance d'abord dans un sens phénoménologique et musical : quelque chose venu de l'intérieur — principalement la viscéralité — et quelque chose venu de l'extérieur — principalement la musique — trouve un écho corporel, affectif et moteur. Le corps se met, en quelque sorte, à « respirer avec » elles.


Mais cette résonance ne dit pas encore quoi faire.


Elle rend quelque chose sensible. Et ce qui devient sensible ouvre des possibilités d'action.


C'est ce champ de possibilités que nous avons progressivement exploré.



Illustration Le champ de résonance pour un atelier Shikandō / Danse Fusion sur la respiration, le rythme et le mouvement
« Le mouvement, frontière de l’infini… Voici le voyage du Shikandō. Sa mission : explorer d’étranges coordinations, découvrir de nouvelles formes de mouvement, ouvrir de nouvelles possibilités et s’aventurer là où aucun atelier du vendredi n’est encore allé… Cap sur l’inconnu — et en avant, toute ! 🖖🚀


Du souffle au mouvement


Nous avons commencé par revenir à ce qui était déjà là : les appuis, la posture, puis la respiration.


Au sol, le contact permettait de percevoir plus finement les mouvements du sternum, des côtes, des flancs, du dos, de l'abdomen… Non pour rechercher une « bonne respiration », mais pour faire une première découverte très simple :

Respirer est déjà bouger.


Puis nous avons observé comment inspiration, expiration et suspensions pouvaient modifier notre état tonique, nos sensations, parfois notre vécu affectif et notre état d'esprit.

L'inspiration pouvait être vécue comme expansion, ouverture, élévation, déploiement ou préparation ;

la suspension poumons pleins comme plénitude, attente, tension potentielle ou disponibilité ;

l'expiration comme relâchement, retour, descente, rassemblement ou résolution ;

enfin, la suspension poumons vides pouvait évoquer le repos, le silence, le creux ou l'attente de ce qui va suivre.

Rien de tout cela n'était imposé : chacun était invité à observer son propre vécu, parfois très différent de celui des autres.

Comme souvent, nous avons pris le temps d'exprimer, de livrer, d'échanger, de partager, puis d'analyser et de prolonger nos ressentis.


Et sous le grand mouvement respiratoire, nous en avons cherché de plus petits : les micro-ajustements permanents de la posture, jusqu'aux mouvements produits par les battements du cœur.

Écouter son cœur peut paraître anodin. Ça ne l'est pas nécessairement.

Pour une participante, l'expérience a été suffisamment forte pour qu'elle ait besoin de sortir quelques instants, afin de laisser passer ce qui venait d'être remué. Et c'était très bien ainsi.


À cet endroit, on comprend déjà pourquoi une exploration corporelle peut mobiliser bien davantage que le corps.



Du rythme intérieur au rythme du monde


À partir des micro-ajustements posturaux a émergé progressivement cette small dance, la « petite danse » du Contact Improvisation : laisser vivre suffisamment les oscillations pour qu'elles deviennent perceptibles, puis mouvement, transfert de poids, parfois déplacement.

La locomotion peut naître de l'oscillation.


La transition vers la musique venait alors presque naturellement : après avoir écouté les rythmes qui nous traversent, que se passe-t-il lorsqu'un rythme vient de l'extérieur ?


Un détour par la musicologie nous a permis d'explorer les cycles qui s'emboîtent et se superposent dans la musique : pulsations, temps forts, phrases plus ou moins longues…

Sweet Dreams, Can't Help Myself, Billie Jean...

On découvrait qu'une même musique offre plusieurs prises possibles au mouvement.

Un corps peut répondre rapidement à une chose tandis qu'un autre mouvement se développe beaucoup plus lentement.

Dès lors, danser « sur la musique » ne signifie plus seulement suivre le rythme : cela suppose de choisir à quoi, dans la musique, nous répondons.



Du mouvement à la relation


Puis le champ s'est encore élargi.


Cette fois, les corps circulaient dans l'espace et allaient temporairement à la rencontre les uns des autres.

Un bras se tend. Un autre le rencontre. Les épaules restent disponibles. Les deux personnes continuent à avancer et la géométrie de la rencontre oblige les bras à monter, descendre, pivoter… Puis chacun repart vers une autre rencontre, comme passant de liane en liane...


Certaines de ces explorations ont permis de faire dialoguer des expériences venues du Contact Improvisation, de l'Aïkido ou du Kenjutsu. Ce n'est pas parce que danser et combattre seraient équivalents, bien sûr!, mais parce que des pratiques très différentes peuvent rencontrer des problèmes corporels communs : appuis, distance, axe et centre, orientation, organisation du corps, trajectoire, disponibilité tonique, adaptation à l'autre.

(Voici l'un des aspects qui m'intéressent particulièrement dans le Shikandō : une exploration peut faire émerger spontanément des organisations que certaines disciplines ont, dans d'autres contextes et avec d'autres intentions, stabilisées sous forme de techniques.)


Après que la locomotion fut née de l'oscillation, la relation pouvait naître de la locomotion.

Nous avons ainsi vu comment, en résonance, les corps eux-mêmes se répondent.


Le Tango argentin nous a ensuite offert un autre exemple lorsque nous nous sommes intéressés aux interstices : le principe d'une sacada de Tango.


Nous avions exploré ce qui était là.

Restait à regarder… ce qui n'était pas là.


Que trouve-t-on entre les événements ?

Musicalement : contretemps, silences, suspensions, intervalles.

Spatialement : les espaces laissés entre les corps.


Au lieu de chercher l'autre, nous avons donc cherché l'espace qu'il rend disponible : le pénétrer, en épouser la forme, le frôler, se déplacer parallèlement, prolonger une trajectoire…

Le vide cessait d'être une absence.

Le vide n'est pas absence d'événement ; il contient les conditions de l'événement suivant.

Il devenait un champ de possibilités.



Participants en mouvement lors de l'atelier Shikandō / Danse Fusion « Les respirations du mouvement »
Du souffle au mouvement, du mouvement à la rencontre.

Nous percevons facilement ce qui arrive, ce qui agit, ce qui occupe l'espace.

Mais sommes-nous aussi capables de percevoir les possibles ?



Et finalement… danser


Tout cela s'est terminé en improvisation libre sur Marcia Baïla, en hommage à feu Catherine Ringer.


Un participant m'a alors dit avoir dansé pour la première fois de sa vie.


Cette phrase me plaît particulièrement parce qu'elle résume assez bien la logique de l'atelier :

Nous ne sommes pas partis d'une forme de danse qu'il aurait fallu apprendre correctement avant de pouvoir l'exécuter.

Nous sommes partis de la sensation et du corps, puis avons progressivement élargi l'exploration vers la perception, le rythme, la musique, l'espace, l'autre et finalement la danse.

Chemin faisant, nous avons emprunté à la méditation, à l'éducation somatique et à Feldenkrais, à la musicologie, au Contact Improvisation, au Tango, à l'Aïkido, au Kenjutsu, à la Danse Fusion… non pour juxtaposer les disciplines, mais pour regarder comment elles peuvent éclairer différemment certains phénomènes du mouvement humain.


Et l'expérience a mobilisé elle aussi plusieurs plans : corporel et sensoriel, évidemment ; perceptif et cognitif, lorsqu'il fallait discerner, comprendre et choisir ; affectif et psychologique, lorsque l'expérience venait nous toucher ; expressif et relationnel, lorsque le mouvement devenait proposition, réponse et rencontre.

Comme si ces plans se répondaient en écho.


Avec, en arrière-plan, des questions presque philosophiques ou existentielles :

Qu'est-ce qui, en moi, répond à ce qui vient du monde ?

Comment puis-je entrer en résonance avec quelque chose sans être déterminé par lui ?

Que devient le vide lorsque je cesse de le considérer comme une absence et commence à y percevoir des possibilités ?


C'est peut-être là que les respirations du mouvement rejoignent finalement notre thème caché.

Quelque chose nous atteint.

Quelque chose en nous lui répond.


Et entre les deux demeure un espace de liberté :

le champ de résonance.


Témoignage d'une participante après l'atelier Shikandō Les respirations du mouvement
Un témoignage du lendemain, parmi d'autres... 🩵🙂


🔎 Exploration — Intégration — Épanouissement




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