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Ce que la « friendzone » cache de nous-mêmes

il y a 3 jours
13 min de lecture

Une vidéo circule sur les réseaux sociaux.


Une femme y raconte, amusée, à quel point les hommes seraient incapables de comprendre les signes qu'une femme leur envoie lorsqu'elle est intéressée.


Un autre vidéaste, Le7emetype, lui répond en racontant une expérience beaucoup moins amusante : une soirée au cours de laquelle une femme qui lui plaisait multiplie ce qu'il interprète comme des signes de désir. Il prend soin d'attendre des signes de plus en plus explicites avant de tenter quoi que ce soit. Lorsqu'il pense finalement avoir suffisamment compris ce qui se passe entre eux, elle l'arrête : ils sont "amis". Plus tard, elle lui dira qu'elle ne lui avait envoyé aucun signe.


Son témoignage m'a intéressé en tant que psychologue.


La vidéo en question : https://www.facebook.com/share/v/1Bi1FHLBJe/ , pour ceux qui sont sur Facebook.



Non pour déterminer qui avait « raison » ou « tort » dans cette histoire dont nous ne connaissons évidemment qu'un récit, mais parce qu'elle donne à voir quelque chose de beaucoup plus général dans nos relations : notre difficulté à identifier nos propres besoins et désirs, à reconnaître nos ambivalences, à communiquer nos limites — et parfois à distinguer ce qui nous appartient de ce que nous attribuons à l'autre.


Que se passe-t-il lorsque nous désirons séduire sans savoir ce que nous voulons ensuite ?

Lorsque nous découvrons une limite seulement après l'avoir approchée ?

Lorsque notre désir entre en conflit avec l'image que nous voulons donner de nous-mêmes ?

Lorsque nous sacrifions certains de nos besoins pour préserver notre appartenance ou notre reconnaissance sociale ?

Et lorsque le malaise qui résulte de ces contradictions intérieures finit par être attribué à l'autre ?


C'est ce regard de psychologue que je vous propose ici :

Partir d'une banale histoire de séduction pour interroger besoins, désir, consentement, ambivalence, responsabilité relationnelle, sacrifice, souveraineté… et peut-être même le mécanisme du bouc émissaire.



Ambivalence : reconnaître ce qui nous appartient

Charles témoigne en commentaire sous la vidéo :

« Le fait d’utiliser l’autre pour se rassurer sur son pouvoir de séduction s’appelle de la manipulation et de l’instrumentalisation. C’est beaucoup plus courant qu’on ne le croit, simplement les hommes en général ne relatent pas ce genre d’histoires par peur du jugement.

Il est bon de reconnaître les choses, mais c’est encore mieux de les nommer correctement. »


Je nuancerais peut-être le diagnostic.


La femme dont il est question peut avoir désiré séduire sans vouloir aller plus loin. Elle peut avoir été ambivalente. Avoir désiré puis ne plus désirer. Avoir changé d'avis. Avoir aimé se sentir désirée. Avoir recherché de la proximité, de la tendresse ou de l'intimité sans souhaiter de sexualité. Avoir voulu jouer avec la séduction. Avoir envoyé des signes dont elle ne mesurait pas la portée. Avoir réellement considéré que ses comportements n'étaient pas des signes. Avoir découvert ses propres limites au moment où elles étaient approchées. Avoir été maladroite. S'être mal comprise elle-même.


Tout cela est possible.


Et changer d'avis est toujours possible.


Mais il nous appartient aussi, autant que nous le pouvons, de reconnaître et d'assumer nos ambivalences, nos changements de désir, nos maladresses, nos contradictions, nos erreurs d'appréciation et les signaux contradictoires que nous avons pu envoyer.


« Oui, je t'ai séduit, mais je ne voulais finalement pas aller plus loin. »

« Oui, j'en avais envie au début et j'ai changé d'avis. »

« Oui, je pensais être à l'aise et j'ai découvert que je ne l'étais pas. »

« Oui, j'ai aimé voir que je te plaisais et j'ai probablement entretenu quelque chose pour cette raison. »

« Oui, je t'ai laissé approcher d'une limite que je découvre aujourd'hui avoir préféré ne pas voir approchée d'aussi près. »


Tout cela est humain.


Ce qui devient problématique, c'est lorsque, pour ne pas avoir à reconnaître notre propre ambivalence, nous réécrivons l'histoire :

« Je n'ai rien fait, je n'ai envoyé aucun signe, je n'ai jamais voulu cela : c'est toi qui as tout imaginé. »


Notre malaise est alors réel, mais nous risquons d'en faire de l'autre la cause, alors qu'il révèle aussi quelque chose qui se passe en nous.



Peut-on jouer avec le désir de l'autre ?


Et il y a aussi, me semble-t-il, quelque chose de l'ordre de la politesse, du savoir-vivre, du savoir-être et, plus simplement encore, de la considération pour autrui.


On ne doit jamais du sexe parce qu'on a séduit. On a toujours le droit de changer d'avis.


Mais cela ne signifie pas que la manière dont on joue avec le désir de l'autre soit éthiquement indifférente.

Il y a une différence entre :

« Je t'ai désiré, je te l'ai manifesté, puis quelque chose a changé en moi. »

et :

« Je sais que tu me désires, je nourris volontairement ce désir parce que cela me fait du bien d'être désiré, tout en sachant que je ne souhaite absolument pas aller dans cette direction. »


Mais une autre distinction me paraît désormais nécessaire : instrumentaliser n'est pas nécessairement maltraiter.

Nous pouvons même, dans un rapport conscient et consenti, jouer à nous instrumentaliser mutuellement. En danse, j'utilise le corps de l'autre comme appui, résistance, information, contrainte ou source de possibilités. Dans la séduction, nous pouvons jouer avec le désir que nous suscitons l'un chez l'autre.

Dans d'autres interactions encore, nous pouvons nous prêter consciemment à satisfaire mutuellement certains besoins.

On peut jouer avec l'autre sans se jouer de l'autre.


La question devient alors :

à quel jeu sommes-nous en train de jouer, et le savons-nous tous les deux ?


Le problème apparaît lorsque j'utilise le désir de l'autre pour nourrir mon propre besoin de reconnaissance, de séduction ou de réassurance sans qu'il sache à quel jeu il participe, voire en lui laissant croire que nous jouons au même jeu alors que je sais que ce n'est pas le cas.

Être un moyen pour l'autre n'est donc pas la même chose que n'être considéré que comme un moyen par l'autre.


Et c'est ici que le consentement ne suffit peut-être même pas à épuiser la question. L'autre n'est pas seulement un sujet dont je dois respecter formellement la volonté. Il est une altérité à rencontrer.

Empathie, compassion, sollicitude, considération, amour participent aussi de cette rencontre : essayer de percevoir ce que l'autre vit, prendre soin de ce que nous faisons ensemble, et reconnaître que ses besoins, ses désirs et son expérience ont autant de réalité pour lui que les miens pour moi.



Du besoin au désir : savons-nous ce que nous cherchons ?


Nous sommes souvent si peu au clair avec nous-mêmes que nous devenons maladroits avec les autres.


Connaissons-nous seulement nos propres besoins ?


J'emploie ici « besoin » dans un sens proche de celui de la Communication NonViolente : un besoin n'est ni une action précise, ni une stratégie, ni quelque chose qu'une personne déterminée aurait l'obligation de nous fournir. C'est ce que nous cherchons à nourrir : appartenance, reconnaissance, sécurité, autonomie, tendresse, intimité, contact, sexualité, authenticité, liberté…


Comprenons-nous alors que nos besoins ne disent encore rien du moyen par lequel nous allons tenter d'y répondre ?


Et que ce que nous appelons notre « désir » peut parfois être un moyen — parmi d'autres — que nous avons sélectionné, consciemment ou non, pour répondre à certains de ces besoins ?



La « friendzone » : et si le problème était aussi dans les cases ?


Le concept de « friendzone » est une abstraction commode. Il nomme une configuration relationnelle ; il n'explique pas ce qui se joue en nous.


Mais il pose peut-être un autre problème : celui du cloisonnement.


Parler de « friendzone », c'est déjà découper l'espace relationnel en catégories supposées distinctes : ici l'amitié, là l'amour, ailleurs le désir, la tendresse, l'intimité, la sexualité…


Comme s'il fallait nécessairement passer d'une case à une autre.


Or nos relations réelles sont souvent beaucoup moins compartimentées.


Je peux éprouver pour quelqu'un de l'amitié et du désir. De la tendresse sans projet amoureux. Une profonde intimité sans sexualité. Du désir sexuel sans souhaiter former un couple. De l'amour sans vouloir vivre ensemble.

Et ces différentes dimensions peuvent apparaître, disparaître, coexister, évoluer ou se transformer au cours d'une même relation.


La « friendzone » risque alors de transformer une réalité multidimensionnelle et mouvante en alternative binaire : « seulement ami » ou « partenaire potentiel ».


Et le mot « seulement » dit déjà beaucoup.


Car pourquoi l'amitié devrait-elle constituer une zone dans laquelle on serait relégué ? Pourquoi l'apparition du désir devrait-elle nécessairement invalider l'amitié, ou imposer qu'elle se transforme en autre chose ?

Inversement, pourquoi reconnaître une amitié devrait-il exiger de nier un désir qui existe également ?


Le problème n'est peut-être pas toujours d'être « dans la mauvaise case ». C'est peut-être parfois de croire que les cases existent ainsi.



Ce que nous sacrifions pour appartenir


Et parfois, ce qui se joue concerne aussi l'image que nous avons peur de renvoyer : relationner avec quelqu'un qui ne correspond pas aux codes de notre entourage — trop jeune, trop vieux, trop féminin, trop masculin, trop intellectuel, trop manuel, trop peu bankable, trop ostentatoire, trop ceci ou pas assez cela…


Nous pouvons alors privilégier nos besoins d'appartenance, de reconnaissance ou d'acceptation sociale en sacrifiant quelque chose d'autre : notre indépendance, notre souveraineté, notre libre arbitre, notre sincérité.

Et sacrifier aussi, parfois, nos besoins de tendresse, de proximité, d'intimité, de contact, de sexualité, de connexion, de communion…



Quand notre malaise devient le problème de l'autre


C'est là que le malaise devient particulièrement intéressant à écouter.


Car nous pouvons avoir l'impression que c'est l'autre qui nous met mal à l'aise.


Alors que le malaise est en nous.


Il nous renseigne peut-être sur une contradiction, un sacrifice, une ambivalence, une limite que nous découvrons, un conflit entre ce que nous désirons intimement et ce que nous pensons devoir désirer — ou avoir le droit de désirer.


Cela ne signifie évidemment pas que l'autre ne puisse pas avoir un comportement problématique. Mais avant de lui attribuer notre malaise, encore faut-il essayer de reconnaître ce qui, dans ce malaise, nous appartient.


Sans quoi nous risquons de rejeter l'autre avec l'eau du bain : il devient celui sur lequel nous faisons porter une contradiction que nous ne parvenons pas à accueillir en nous.


Il y a là quelque chose qui ressemble, à l'échelle interpersonnelle, à une logique sacrificielle : pour préserver quelque chose — notre appartenance, notre image sociale, l'idée que nous nous faisons de nous-mêmes — nous sacrifions certains de nos désirs ou de nos besoins.


Mais le sacrifice produit un malaise.


Et plutôt que de reconnaître :

« Quelque chose en moi est en conflit avec quelque chose d'autre en moi »,

nous pouvons être tentés d'en localiser la cause à l'extérieur.

L'autre devient alors celui qui « me met mal à l'aise ».


Puis, parfois, celui qu'il faudrait éloigner pour faire disparaître le malaise.


Quelque chose qui n'est pas sans rappeler le mécanisme du bouc émissaire.



Une limite peut aussi se découvrir après coup


J'ai moi-même déjà vécu des situations dans lesquelles toutes les limites exprimées avaient été respectées, où j'avais même explicitement demandé à l'autre de me signaler à tout moment si elle ne se sentait plus à l'aise… et où j'ai découvert le lendemain qu'elle avait mal vécu le fait même que certaines de ces limites aient été frôlées.


Son malaise était réel.


Mais reconnaître ce malaise ne signifie pas nécessairement reconstruire rétrospectivement une transgression qui n'avait pas été exprimée comme telle au moment où la situation était vécue.


On peut découvrir après coup :

« Je pensais que cette limite me convenait, mais je découvre que j'ai besoin qu'on reste beaucoup plus loin d'elle. »


Cette découverte mérite d'être entendue.


Et elle mérite aussi d'être reconnue comme une découverte sur soi.



Peut-on apprendre à mieux être en relation ?


Mais peut-être pouvons-nous aussi apprendre à percevoir tout cela plus finement.


La danse-à-deux — et notamment la Danse Fusion telle que je l'explore dans le Shikandō — peut constituer un formidable laboratoire de la relation.


Car danser avec quelqu'un, ce n'est pas seulement produire ensemble des mouvements. C'est continuellement proposer, percevoir, répondre, accepter, refuser, négocier et réajuster.


Quelle distance me convient ?

Quelle distance convient à l'autre ?

Jusqu'où puis-je entrer dans son espace ?

Jusqu'où ai-je envie qu'il entre dans le mien ?

Quelle proximité pour cet abrazo ?

Quelle posture ?

Quelle intensité de contact ?

Que se passe-t-il lorsque l'un de nous se rapproche, s'éloigne, hésite, résiste, se détend ou change d'intention ?


Cela suppose de devenir plus sensible à son propre tonus et à celui de l'autre, aux changements d'appuis, aux résistances, aux relâchements, aux orientations et à tous ces signaux corporels faibles qui participent à l'interaction.


Mais percevoir n'est pas savoir.


Même lorsque des mots ont été posés, nous pouvons encore nous tromper sur ce qu'ils signifient pour l'autre. Tant que les choses ne sont pas verbalisées, les possibilités d'interprétation — et donc de mésinterprétation — sont plus grandes encore.


Le corps de l'autre n'est pas un texte dont il suffirait d'apprendre le vocabulaire.


Une hésitation peut signaler une limite… ou une recherche. Une tension peut exprimer un inconfort… ou simplement l'effort nécessaire au mouvement. Un rapprochement peut être une invitation… ou seulement une conséquence de la danse.


La sensibilité aux signaux faibles ne dispense donc jamais de demander, de vérifier, de verbaliser lorsque le doute devient pertinent. Elle nous apprend plutôt à remarquer qu'il y a peut-être quelque chose à vérifier.


On peut alors apprendre à :

proposer sans imposer ;

guider sans contraindre ;

suivre sans se soumettre ;

prendre sa place sans prendre celle de l'autre ;

céder sans s'effacer ;

s'approcher sans envahir ;

s'éloigner sans rejeter.


À initier une interaction, la refuser, l'interrompre, la transformer, y revenir.


À découvrir aussi qu'une proximité qui me convenait il y a trente secondes ne me convient plus maintenant — sans que cela rende fausse celle qui me convenait trente secondes auparavant.


Le consentement apparaît alors moins comme un contrat binaire — oui ou non — que comme un processus vivant de perception, de proposition, de réponse et de réajustement.



Du « quoi faire ? » au « qu'est-ce que je peux faire ? »


Qu'est-ce que je peux faire...? J'sais pas quoi faire...(!)


Cela rejoint l'un des principes pédagogiques qui structurent le Shikandō depuis ses débuts.


Plutôt que d'enseigner principalement « quoi faire ? », j'ai très tôt cherché à déplacer l'apprentissage vers « comment le faire ? », puis à ouvrir une troisième question : « qu'est-ce que je peux faire ? »


La Danse Fusion rend aujourd'hui ce principe particulièrement manifeste.


Dans nombre de danses instituées, une partie importante de l'enseignement consiste à apprendre quoi faire : des pas, des figures, des séquences, un vocabulaire, des codes.


En Fusion, l'espace des possibilités corporelles, relationnelles, rythmiques et spatiales devient tellement vaste qu'il me semble beaucoup plus fécond d'apprendre comment faire.


Comment proposer ? Comment écouter ? Comment guider sans contraindre ? Comment recevoir une proposition sans être obligé de la suivre ? Comment la transformer ? Comment percevoir qu'une possibilité apparaît ?


Et progressivement, la question peut encore changer :

non plus seulement « Que dois-je faire ? »,

ni même « Comment le faire ? »,

mais « Qu'est-ce que je peux faire ? »...


L'enjeu n'est alors plus d'apprendre la bonne réponse à une situation prévue, mais de développer les capacités permettant d'inventer une réponse ajustée à une situation qui ne l'était pas.


Et cela dépasse largement la danse.


Une relation humaine ne dispose pas davantage d'un catalogue exhaustif de bonnes réponses.



Du mouvement à l'épanouissement de la personne


C'est aussi ici que les frontières entre danse, danse-thérapie, psychologie, psychomotricité, sophrologie, éducation somatique et d'autres disciplines deviennent poreuses.


Et c'est précisément l'un des principes du Shikandō : ne pas partir des frontières disciplinaires pour déterminer à l'avance ce qu'une exploration par le mouvement devrait ou ne devrait pas mobiliser.


Le mouvement peut devenir simultanément espace d'apprentissage, de développement, d'expression, de relation, de connaissance de soi, de prévention, de soin, de thérapie, de réadaptation, de récupération, de mieux-être…


C'est cet ensemble de directions possibles que je rassemble, dans le Shikandō, sous le terme général d'épanouissement de la personne.


Une même situation de danse peut ainsi travailler le mouvement lui-même, mais aussi la perception, le tonus, l'autonomie, l'expression, la communication, l'ajustement à autrui, la capacité à poser une limite ou à accueillir celle de l'autre.



Les catégories disciplinaires permettent de décrire différents outils et différents points de vue. Elles ne correspondent pas nécessairement aux frontières de l'expérience.


C'est aussi ce que je me propose d'explorer dans les ateliers de Shikandō / Danse Fusion du vendredi soir : faire du mouvement un laboratoire dans lequel nous pouvons travailler notre manière d'être avec l'autre autant que notre manière de bouger avec lui.






C'est finalement aussi ce que je me propose d'explorer dans les ateliers de Shikandō / Danse Fusion du vendredi soir en 2026-2027 : faire du mouvement un laboratoire dans lequel nous pouvons travailler notre manière d'être avec l'autre autant que notre manière de bouger avec lui.





Peut-être est-ce justement là que commence la souveraineté.


Non pas en faisant abstraction des autres — nous sommes des êtres relationnels et sociaux — mais en distinguant ce qui relève de leurs attentes, de leurs normes, de leur regard… et ce qui relève de nous.


Et non pas davantage dans l'illusion de pouvoir parfaitement lire l'autre, ni dans celle d'être nous-mêmes parfaitement transparents.


Le problème n'est peut-être pas seulement que nous ne savons pas suffisamment lire les signes. C'est aussi que nous oublions que les signes doivent être interprétés — et que notre interprétation parle également de nous.


Curieusement, nous venons ainsi de retrouver les quatre Accords toltèques.


Que votre parole soit impeccable. Puisque l'autre devra interpréter ce que nous lui donnons à percevoir, prenons notre part de responsabilité : essayons de rendre nos intentions, nos désirs, nos refus et nos limites aussi intelligibles que possible, plutôt que d'exiger qu'il les devine.


N'en faites pas une affaire personnelle. Même lorsque l'autre parle explicitement de moi, il parle encore de sa représentation de moi : de ce qu'il perçoit de moi depuis son histoire, ses attentes, ses catégories, son état du moment. Sa perception peut m'apprendre quelque chose ; elle n'est pas pour autant une vérité absolue sur ce que je suis. Et réciproquement, lorsque je parle de l'autre, je parle toujours aussi depuis ma représentation de lui.


Ne faites pas de suppositions. Ce que je crois comprendre de l'autre demeure une interprétation. Lorsque cela importe, je peux demander, vérifier, reformuler — et accepter parfois de ne pas savoir.


Faites toujours de votre mieux. Nous faisons tous avec les capacités perceptives, émotionnelles, cognitives et relationnelles dont nous disposons à cet instant. Cela ne signifie pas que notre « mieux » soit toujours adéquat ni qu'il ne puisse pas blesser. Cela signifie que nous pouvons reconnaître nos maladresses, apprendre, réparer et faire autrement la prochaine fois.


Peut-être pouvons-nous ainsi devenir des personnes capables de percevoir davantage, interpréter moins vite, vérifier davantage, nous ajuster, nous positionner et tolérer une part d'incertitude dans la relation.


Nous pouvons prendre en considération notre entourage sans lui abandonner la décision de ce que nous devons désirer, aimer ou vivre.


Et apprendre à dire simplement à l'autre ce que nous désirons — sans considérer que notre désir crée chez lui la moindre obligation de le partager.


L'autre reste libre de dire oui.

Libre de dire non.

Libre de changer d'avis.


Et nous aussi.


Si l'autre ne répond pas à notre désir, il nous revient de chercher d'autres moyens de nourrir les besoins qui s'exprimaient à travers lui.


L'autre ne nous doit pas la satisfaction de notre désir.


Mais réciproquement, nous lui devons peut-être quelque chose : ne pas jouer inconsidérément avec le sien.


Être clair autant que nous le pouvons.


Reconnaître nos ambivalences.

Assumer nos changements d'avis.

Dire nos limites.

Reconnaître après coup ce qui nous appartenait dans ce qui s'est passé.


Et ne pas oublier, derrière toutes ces questions de limites, de consentement et de souveraineté, l'empathie, la compassion et l'altérité :

l'autre n'est pas seulement quelqu'un dont je dois respecter les frontières.

C'est un autre sujet, irréductible à la représentation que j'en ai, avec lequel quelque chose peut se rencontrer et se construire.


Prendre soin de notre souveraineté sans sacrifier celle de l'autre.

Notre intégrité sans sacrifier la sienne.

Notre liberté sans faire de l'autre le bouc émissaire de nos propres contradictions.

Et peut-être apprendre ainsi à jouer avec l'autre sans se jouer de l'autre.



Tout cela aussi, c'est de l'amour.

 
 
 

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